Safari : Entretien avec Kad Merad

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Publié le 25 March, 2009 par luciole


Comment avez-vous rejoint le projet ?
safari18_190J’ai entendu parler de SAFARI avant de commencer BIENVENUE CHEZ LES CH’TIS, juste avant la sortie du premier film d’Olivier. Il était question d’un guide qui accueillerait ses touristes en lançant « Akuna matata » ! C’était une idée de Richard Grandpierre, le producteur. Il n’y avait pas encore de scénario, juste une idée. Le but était de faire un grand et beau film d’aventures, différent de ce que l’on peut voir ou de ce que l’on imagine pour une histoire de touristes qui découvrent l’Afrique. SAFARI ne se limite pas à un périple de touristes. Le film est riche et possède plusieurs niveaux de lecture. J’ai vu beaucoup de choses se développer pendant le tournage. Je ne m’attendais pas à ce qu’il ait autant de facettes au final. Il est d’abord magnifique, et très agréable à voir. Le truc magique, c’est que tout l’aspect sauvage, les animaux, nous l’avons vraiment vécu. Quand, dans le scénario, on lit « un lion monte sur le capot », on ne se rend pas compte. Mais quand vous tournez la scène, c’est vraiment un lion de 400 kg qui grimpe sur le capot ! Et je ne vous parle pas du singe, de l’éléphant, du serpent, de l’araignée. Tout cela apporte forcément quelque chose au ilm. Il y a aussi le fait que cela sert l’histoire et ce que vivent les personnages.

C’est cet ensemble atypique qui vous a tenté ?
Ce qui m’amuse, c’est de relever des déis, de faire des choses que je n’ai jamais faites. Quand on a la chance de se voir proposer un projet si différent, et en plus fait par un ami, Olivier, on n’hésite pas ! Je savais que ça allait très bien se passer parce que j’aime la façon dont il travaille. Un projet pareil est forcément tentant,parce que c’est un ilm qui vous embarque loin, très loin, qui vous emmène ailleurs, où vous vivez autre chose, en étant quelqu’un d’autre. On devient vraiment quelqu’un d’autre. L’aspect aventure était formidable, avec pas ou très peu de trucages.

Qu’est-ce qui, selon vous, fait de SAFARI une comédie à part ?
Avec le recul et l’expérience, je me rends compte que les bonnes comédies sont celles auxquelles on croit. Vous pouvez faire les trucs les plus drôles de la terre, si on ne peut pas croire à ce que l’on voit, on passe à côté. Ça devient des gags – ce que les Zucker savaient très bien faire dans Y A-T-IL UN PILOTE DANS L’AVION ?. Et encore, leurs personnages avaient une certaine épaisseur, ils étaient presque crédibles inalement. Quand on faisait des sketches avec Olivier, les gens nous disaient que ce qu’ils aimaient bien, c’était qu’on les assumait. On n’essayait pas de faire rire à tout prix ; on essayait de faire rire bien sûr, mais avant tout on était à fond dans nos personnages, on les adorait, on les faisait vivre. Pour moi, une comédie réussie, c’est d’abord des personnages auxquels on peut s’identiier. On retrouve cela dans SAFARI. Même si je joue un guide de safari en Afrique du Sud qui emmène des touristes, j’ai l’impression qu’on y croit !

En alliant action et comédie, le film trouve un rythme très particulier. Y avez-vous été sensible ?
safari15_190La comédie n’est pas forcément une affaire de frénésie et d’emballement. Il existe des comédies lentes mais très drôles parce que l’on a justement pris le temps de présenter les personnages, d’amener les gags. LA PARTY de Blake Edwards par exemple, est une comédie extrêmement réussie, une référence, et c’est lent, voire très lent. SAFARI va beaucoup plus vite, mais avec, c’est vrai, un rythme original. Il y a aussi une question de rythme entre les comédiens. Un bon tempo, c’est quand les gens se répondent, s’écoutent, quand une musique s’installe. C’est ainsi que je travaille, en tout cas. C’est vrai que le rythme est très présent, mais ça fait très spécialiste en humour de parler de ce genre de choses. En réalité je ne pense pas autant.
Pour le personnage de Richard Dacier, je n’ai pas pu me référer à quelque chose que je connaissais ni aller chercher dans ma famille. Souvent, quand je dois faire un rôle proche de la réalité, je pense à ma sœur, à mon frère, à mon père, à des gens que je côtoie. Là, je ne connaissais aucun guide de safari ! Heureusement, j’ai eu l’occasion de faire un safari un an plus tôt, et je m’en suis servi, mais les guides étaient des locaux, des Namibiens. Du coup, pour le personnage, je n’ai pu m’inspirer directement de rien. Je me suis appuyé sur le costume et le look de Dacier. J’ai mis ma tenue, j’avais ma barbe, je me suis regardé dans la glace. J’ai vu les premiers rushes, j’ai trouvé deux trois petits trucs, genre il est tout le
temps en train de chasser les mouches, par peur, par tic. C’était finalement assez facile. Vous mettez votre costume, vous vous asseyez dans la bagnole, vous êtes au milieu de la réserve et tout à coup, vous croisez effectivement des éléphants et des girafes. Dacier est un personnage qui a peur des animaux, qui n’a aucune connaissance du terrain, donc je n’avais pas à me prendre la tête pour avoir l’air de connaître ! En plus, avec des partenaires pareils, ça joue, ça vit, c’est vivant tout le temps !

Comment avez-vous travaillé avec Olivier ?
Olivier me connaît très bien, donc on n’a pas eu besoin de séances de travail où on a réfléchi sur le personnage. Une fois qu’Olivier a vu la silhouette de Dacier et la façon dont il se comportait dans la voiture, c’était bon. Pour donner de la chair à Dacier, on n’a pas cherché à l’identifier, ou à l’imaginer dans une vie. J’arrivais, j’étais Dacier, tout simplement. Le fait de vivre tout le temps ensemble faisait qu’on y pensait tout le temps en même temps. Le soir au dîner,Olivier me disait toujours : « Demain, ça va être dur ». Il disait ça tous les jours à tout le monde : « Vous n’avez encore rien vu, vous allez en baver ! ». Il le fait pour maintenir éveillé, en alerte. Rien n’est gagné, tout est possible jusqu’au dernier jour. Le dernier jour justement, on a terminé dans des trucs impossibles, dans des rivières. Je crois que c’était comme ça qu’Olivier préparait. Justement, pour fragiliser un peu le personnage et le rendre humain et donc, lui donner plus d’épaisseur, on était toujours en train de se dire : « Demain ça va être dur, il y aura ça, et ça ». Moi, je ne m’imaginais plus dans ma peau mais dans celle de Dacier, pour aller dans les cascades et le reste… Ça aide quand même d’être dirigé par un mec drôle, ou en tout cas un comédien qui fait de la comédie. J’ai eu trois expériences, Michel Boujenah, Dany Boon,  et  Olivier.  Ce  sont  trois  mêmes exigences, de jeu, de rythme… On rigole
aussi beaucoup, ce qui ne veut pas dire que l’on ne travaille pas !

Comment  cela  s’est-il  passé  avec  vos partenaires ?
safari14_190Lionel Abelanski, Valérie Benguigui, Guy Lecluse, je les admire, je les adore, ce sont des gens hyper sympas. Il y a aussi Frédérique Bel et David Saracino qui sont venus nous rejoindre. On avait tous envie de vivre une belle aventure sans se prendre au sérieux. On n’était pas en train de sauver des vies ou la France, on faisait un film ! Quand on sait que l’on va travailler avec 80 personnes, qui vont être au service du  film, dans des conditions assez extraordinaires, on savoure ! Le producteur, Richard Grandpierre, est quand même un seigneur dans le genre. Il s’est occupé de tout, il a toujours été là. Il y a donc pu avoir cette osmose, cette ambiance, cette légèreté. Il y a eu des moments techniquement pénibles, on tournait toujours dehors, dans des conditions pas toujours évidentes, avec quelques craintes, un peu de danger. Moi j’ai pris le parti d’en rigoler et de vivre une vraie aventure de copains pendant trois mois.
Je me levais en me disant : « Waouh, on va s’éclater ! ». C’était génial, on commençait par se retrouver tous au petit déjeuner. Pour moi, c’est très important ce genre d’ambiance. Tout le monde s’est mis au diapason. On a senti aussi que le groupe était fort. Olivier l’a senti, ça l’a beaucoup aidé. Ça l’a rassuré d’avoir des gens hyper motivés, hyper impliqués, qui avaient très envie de faire un beau film. De vivre l’aventure, pas de la traverser. On était dans l’un des plus beaux pays du monde, chaque journée était une journée d’aventure, au milieu des réserves. On était chez les animaux toute la journée, on les voyait évoluer avec leurs bébés. On voyait des lions qui chassaient, des trucs hallucinants quand même !

Vous avez tourné avec des partenaires un peu particuliers…
Clonky était un singe extrêmement sauvage. Une semaine avant le tournage, je suis allé le voir, passer du temps avec lui pour qu’il s’habitue à ma voix, à mon odeur et à ma présence. C’est un enfant, un petit gosse, mais qui mord ! Même le dresseur avait les mains déchiquetées ! Je pensais pouvoir développer une sorte de relation avec lui… jusqu’au moment où il m’a pincé, très fort. En fait, il m’a mordu parce qu’il n’en avait rien à faire de moi, ce qu’il voulait c’était la nourriture qu’il y avait sur la table. C’est un animal sauvage, on ne peut pas devenir pote avec un animal sauvage sauf peut-être si on l’a élevé, nourri, soigné. C’était un jeune singe tout fou qui ne pensait qu’à manger et à jouer. Un jour, j’ai voulu aider à la caméra, j’ai écarté la nourriture et là, il m’a mordu la main.

J’ai gardé une vraie cicatrice ! Enfin, une toute petite, mais avec piqûre antitétanique tout ! Ensuite, il y a eu le lion. Le lion monte sur le capot, il reste, moi je suis censé le faire partir avec des essuie-glaces… C’était un vrai lion juste devant moi, derrière un petit pare-brise. Là, sur le moment, je me suis fait peur ! Quand le moment de tourner la scène est arrivé, je l’avais anticipée et tout, mais là… la panique ! Je suis très content d’avoir vécu ça mais c’était plutôt impressionnant. Quand les gens vont voir le film, ils vont se dire : « Ben quoi, il est dans une voiture », mais en fait c’est pas du tout ça, il n’ya plus de protection, il n’y a plus rien d’autre que l’animal face à vous. C’est un énorme lion quand même, et même s’il est ultra gentil et ultra dressé, ça fait peur ! On nous dit qu’il n’y a aucun risque, donc il n’y a personne avec un fusil, juste un mec avec une batte de base-ball dans la voiture au cas où le gros chat tombe dedans ! J’ai forcément imaginé le scénario catastrophe, le lion glisse, il tombe, il traverse la vitre et atterrit sur mes genoux. Là, il me met un coup de patte et il m’arrache la tête. Même quand il n’y avait pas d’animaux, vous avez eu quelques scènes assez physiques…
Pour la scène sur la paroi rocheuse sous la cascade, on s’est dit que l’on n’avait pas le choix, qu’on venait de vivre plusieurs mois d’aventure ensemble et qu’on n’allait pas s’arrêter devant quelques pauvres tonnes d’eau glacée ! Le plus long que l’on ait tenu, c’est 45 minutes d’un coup. A un moment, Guy était bleu. J’ai senti qu’il fallait qu’il sorte parce que l’eau était vraiment trop froide. On savait qu’on allait refaire tout le son à Paris et qu’on jouait pour l’image, mais nous étions tous conscients que ce serait un vrai plus pour le ilm et que cela risquait de devenir une grosse scène. Alors on a pris notre courage à deux mains et on y est allés. Paradoxalement, la séquence sous la cascade m’a presque moins impressionné que les rivières aux crocodiles. On a pied une fois sur deux et quand on a pied, on s’enfonce dans la vase. On devine sans peine tout ce qu’il peut y avoir de grouillant, de rampant dans ce genre de boue… On avait pris des antibiotiques, mais c’était plus impressionnant en un sens, parce qu’on était là dans un truc tout mou, pourri, verdâtre… Vous verrez ça dans le film. Akuna matata !

 
 
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